Kiss Me Deadly (1955)

Bobards sur Bobines — Chronique

Kiss Me Deadly (1955)

Alias En quatrième vitesse — Robert Aldrich balance un film noir qui finit par regarder la bombe dans les yeux.

Fiche rapide

  • Réalisation : Robert Aldrich
  • Genre : Film noir / Thriller
  • Année : 1955
  • Sortie USA : 28 avril 1955
  • Sortie France : 7 septembre 1955
  • Durée : env. 106 min (selon versions)

Crédits clés

  • Mike Hammer : Ralph Meeker
  • Scénario : A.I. Bezzerides (d’après Mickey Spillane)
  • Photo : Ernest Laszlo
  • Musique : Frank De Vol
À retenir : ce film ne “raconte” pas seulement un crime. Il te fait sentir une époque nerveuse, parano, et carrément radioactive.

Bande-annonce (YouTube) — Kiss Me Deadly / En quatrième vitesse.

Résumé de l’histoire (sans flinguer le plaisir)

Tout démarre sur une route de nuit : une femme affolée surgit, et Mike Hammer se retrouve happé dans une enquête qui sent le piège à plein nez. Ce qui commence comme un “petit” fait divers bascule vite vers un enjeu opaque, un objet-mystère (le fameux “great whatsit”), et une chaîne de violences qui n’a rien d’un polar bien peigné.

Analyse détaillée

L’histoire : du pulp à l’apocalypse

Le truc, c’est qu’Aldrich et Bezzerides ne se contentent pas d’adapter Spillane. Ils le “détournent” franchement : Bezzerides a assumé avoir gardé le titre et jeté le reste, puis avoir réécrit en y injectant le mythe de Pandore et la peur nucléaire. Résultat : un film noir qui glisse vers autre chose — paranoïa de fin du monde, presque science-fictionnelle par moments, avec cette sensation de non-retour.

Note du chroniqueur : c’est exactement ce que j’aime ici : le polar qui cesse d’être un jeu de piste pour devenir un thermomètre de société. On ne cherche plus “le coupable”, on cherche l’air respirable.

Le jeu d’acteur : Meeker, le privé qu’on n’invite pas à dîner

Mike Hammer, version 1955 : pas de chevalier blanc, pas d’anti-héros “cool”. Ralph Meeker joue un type qui avance comme un bélier. Ça rend le film parfois inconfortable (tu suis quelqu’un que tu ne “likes” pas), mais c’est précisément la bonne recette pour ce Los Angeles nocturne et sans garde-fou moral.

Autour de lui, les “respectables” ont ce vernis qui pue la combine. Et Velda sert de contrepoids plus humain — donc forcément fragile dans ce monde-là.

Le scénario : labyrinthe, fausses pistes, MacGuffin radioactif

Le scénario file en pointillé : coups de pression, pistes qui se referment, logique de cauchemar éveillé. Et ce “great whatsit” fonctionne comme un aimant : pas besoin d’expliquer pendant trois heures, tu sens juste que tout le monde devient pire à mesure qu’il s’en approche.

L’image : un noir et blanc qui griffe

Ernest Laszlo photographie ça comme si la ville elle-même avait un rictus. Et Aldrich attaque dès le départ avec une mise en scène qui te met sur la défensive. Le générique qui se déroule à l’envers, par exemple : idée simple, effet énorme. Tu comprends que l’ordre habituel (moral, narratif, policier) est déjà renversé.

Le détail qui tue : ce générique à l’envers, c’est comme une pancarte lumineuse : “ici, la sortie est peut-être fermée”.

La musique : politesse jazzy, malaise derrière

Il y a un contre-emploi savoureux (musique classique utilisée là où tu attendrais des violons larmoyants), et dès l’ouverture, une chanson de Nat “King” Cole à la radio : une sorte de sourire en coin, juste avant que l’histoire te morde.

Contexte historique : guerre froide, peur atomique, soupçon partout

Tourné en 1954, sorti en 1955 : le film respire l’époque. On est en plein climat de guerre froide, avec la bombe comme arrière-goût permanent. Ajoute à ça la logique de suspicion, de paranoïa et de dénonciation (maccarthysme en toile de fond), et tu obtiens un noir qui dépasse la simple histoire de crime : il devient symptôme.

Comparaison avec d’autres films (1955)

En 1955, tu peux croiser The Big Combo (plus “classique” dans son ossature), Rififi (le casse, la mécanique, la tension), ou The Night of the Hunter (conte noir, cauchemar moral). Kiss Me Deadly, lui, joue une autre partie : il ne veut pas seulement résoudre un crime, il veut te faire sentir que le monde entier est contaminé.

Réception critique : condamné, puis adoré

À sa sortie, le film a eu une réputation de truc nocif, trop violent, trop malsain. Puis il a pris sa revanche : il est devenu un “choc” de cinéphilie, notamment en France, et un jalon du film noir qui ose fissurer le réel. Aujourd’hui, il est régulièrement célébré comme une pièce majeure de l’angoisse de guerre froide.

Interviews des acteurs & coulisses

Dans les sources consultées ici, je n’ai pas trouvé d’entretien direct exploitable (et vérifiable) avec Ralph Meeker ou Maxine Cooper. En revanche, on a des éléments de fabrication très parlants : la réécriture assumée par Bezzerides, l’injection Pandore/nucléaire, et les notices de programmation qui replacent le film dans son moment historique.

Analyse de scènes clés

1) L’ouverture : la nuit te saute à la gorge

Une femme surgit sur l’autoroute, panique brute, et le film te met immédiatement en apnée. Pas de préchauffage, pas de coussin. On est dedans.

2) Le générique à l’envers : avertissement discret, effet violent

C’est un petit geste de mise en scène… qui change tout. Comme si Aldrich te disait : “tu veux de l’ordre ? Mauvaise porte.”

3) La bascule finale : le noir devient vertige

Sans spoiler chirurgical : le film pousse vers une vision d’anéantissement. Pas une “morale” de polar, plutôt une secousse. Un truc blanc et brûlant.

Détails de production

  • Noir et blanc, son mono.
  • Durées et fins variables selon versions.
  • Équipe technique solide (photo Laszlo, musique De Vol), et une fabrication pensée pour agresser le confort du spectateur.

Impact sur le genre, influence moderne, héritage culturel

Le film noir, ici, prend un virage : il cesse d’être seulement une esthétique (trench, fumée, néons) pour devenir une crise. Ce basculement — Pandore, nucléaire, parano — a marqué durablement, et la Cinémathèque souligne même une filiation revendiquée vers des cinéastes modernes (jusqu’à des échos culturels très “boîte mystérieuse”).

Héritage : ce film agit comme un sismographe. Tu le ressorts quand tu veux rappeler que le noir, ce n’est pas un style : c’est une époque qui doute d’elle-même.

Mon avis personnel (150–200 mots)

Je le dis simplement : Kiss Me Deadly, c’est un film qui ne cherche pas à te plaire, il cherche à te contaminer. J’adore ça… et en même temps ça m’épuise, comme une nuit trop longue sous des néons trop blancs. Mike Hammer, ici, c’est la brute utile : pas un héros, même pas un anti-héros cool, plutôt un type qui avance parce qu’il ne sait faire que ça. Et Aldrich, lui, ne te donne pas le confort du polar “résolu” ; il te donne un monde d’après, une ambiance d’alerte permanente, un goût de métal dans la bouche. Ses forces : la mise en scène sèche, les angles, le son, l’ouverture qui te met directement en apnée, et cette montée vers quelque chose de plus grand que le simple crime. Ses limites : une froideur parfois volontairement désagréable, et un cynisme qui peut laisser sur le bas-côté ceux qui viennent chercher un noir “élégant”. Moi, je le prends comme un uppercut historique : pas raffiné, mais terriblement lucide.

À vous : vous l’avez vu, En quatrième vitesse / Kiss Me Deadly ? Vous en avez pensé quoi : chef-d’œuvre, agression, ou les deux à la fois ? Dites-moi ça en commentaires.

Sources (sites autorisés)

Chronique rédigée par Jean-Claude.

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